Thilay
Sans cette immense bâche, qui leur donne le cafard, les Robinet ne pourraient même pas habiter leur chalet, car l'eau coule sur les installations électriques.
En médaillon : des étais comme ceux-ci, dans tout le logement, retiennent la charpente qui s'affaisse, faute de mur porteur.
Thierry et Marie-Claude Robinet, avec leurs enfants, vivent au milieu d'un chantier inachevé, à l'abri d'une immense bâche qui laisse passer la pluie. Grâce au
Cal-Pact des Ardennes et à une chaîne de bonnes volontés, leur cauchemar sera bientôt terminé.
HABITER au bord de la Semoy, dans un joli chalet de bois, en famille, ce devrait être le bonheur. Pourtant, depuis près de dix ans, Thierry, Marie-Claude,
Stéphanie, Lætitia, Léa et Kévin Robinet, qui demeurent au 3, Grande-rue, à Nohan-sur-Semoy, sorte de « hameau » de Thilay, pleurent chaque jour de dépit.
Mêlant leurs larmes à l'humidité de leur cadre de vie. Victimes d'un escroc actuellement en fuite, un nommé Federico Ceccantini, de Maubert-Fontaine, dont nous avions parlé le 22 janvier
dernier, après qu'il ait été condamné à deux ans de prison, pour avoir « soustrait » 150 000 € à une héritière trop crédule de Bosseval-et-Briancourt.
Les Robinet vivent en effet, depuis 2000, dans un chantier qui n'a jamais été terminé par celui-ci, protégés tant bien que mal de la pluie ou de la fonte des neiges, sous une immense bâche
noire qui leur file le cafard, chaque fois qu'ils lèvent les yeux. Installés dans la localité en 1996, ils y avaient fait construire un petit chalet de 64 m2, alors suffisant pour abriter le
couple et ses deux filles.
Ils s'étaient adressés à un vendeur de Bazeilles et c'est une entreprise normande qui avait réalisé les travaux. Tout s'était bien passé. Mais, quatre ans plus tard, Marie-Claude étant
tombée enceinte de jumeaux, les Robinet décidèrent de faire agrandir leur domaine et de le porter à 110 m2, avec deux chambres et une salle à manger en rez-de-chaussée et une extension de la
cuisine. Tout naturellement, ils retournèrent vers les mêmes fournisseurs.
Mais, si l'enseigne de Bazeilles existait toujours, ce n'était plus de cas pour la normande. Ce fut alors que le vendeur bazeillais (il est mort depuis, paix à ses cendres) leur présenta,
comme étant un ami « digne de confiance », le fameux Ceccantini, susceptible de mener leur chantier à bien. Or, c'est à partir de là que les ennuis commencèrent. Car les travaux furent menés en
dépit du bon sens, hors respect de toute norme, par des ouvriers manifestement non qualifiés, qui d'ailleurs finirent par ne plus venir du tout et pour cause, Ceccantini qui avait encaissé les «
avances » des Robinet, s'étant mis en cavale sans les payer, rattrapé par d'autres affaires véreuses.
Il se révéla alors que le toit, à la pente insuffisante car mal calculée, avait été recouvert de « tuiles » en caoutchouc issu de pneus recyclés ! Que les cloisons suitantes, faute de mur
porteur, pliaient sour leur poids. Qu'il fallait, de toute urgence, soutenir les charpente par des étais ! Que les gouttières, mal fixées, favorisaient les infiltrations ! Thierry Robinet, qui
est « du bâtiment » s'efforça bien, un temps, de rafistoler ce qui pouvait l'être.
Mais c'était trop tard. Toute la partie concernant l'extension prévue, se révéla totalement inhabitable, en raison de son humidité constante et des odeurs de moisissure, et surtout
dangereuse, l'hygrométrie ambiante s'accordant mal avec les installations électriques, par ailleurs mal isolées. D'où la fameuse bâche
noire, pour tenter, au moins, de préserver la surface initiale… G.G.-M.
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La solution : une « auto-réhabilitation »
Alors, bien sûr, il y eut expertises et procès, que les Robinet gagnèrent jusqu'en appel, en raison du trouble de jouissance de leur extension insalubre et
dangereuse. Mais, bien que lourdement condamnés, Ceccantini et sa femme Sylvie, « gérante » de sa pseudo-entreprise de bâtiment, n'ont évidemment jamais versé un sou, tandis que leurs victimes,
qui avaient emprunté pour faire les travaux sont, elles, surendettées.
Ayant frappé à toutes les portes, du maire de leur commune jusqu'à… l'Elysée, tellement leur situation était devenue ubuesque (Marie-Claude, par exemple, qui gardait des enfants à domicile
a perdu son agrément pour cause d'insalubrité !), les Robinet ont heureusement fini par être entendus. L'Anah (agence nationale pour l'amélioration de l'habitat) a, en effet, alerté le Centre
pour l'amélioration du logement Pact des Ardennes, membre d'un réseau national associatif, dont l'un des objectifs est précisément de combattre l'habitat insalubre et indécent.
Sous l'impulsion d'Alain Duval, qui dirige le Cal-Pact 08, une formidable mobilisation s'est alors organisée, pour essayer d'aider ces pauvres gens à s'en sortir et trouver les montages
financiers pour y parvenir. Outre les déjà cités, sont ainsi entrés dans le jeu, le Conseil général, la Caf, la Sacicap (société de crédit immobilier), l'Opah de Semoy-Rives de Meuse et la
municipalité de Thilay, qui va délivrer un nouveau permis de construire, le tout sous l'œil bienveillant du préfet. Et cela va ainsi déboucher sur une expérience tout à fait originale, car le Cal
Pact 08 a proposé une formule unique, à ce jour, dans le nord-est de la France : une « auto-réhabilitation » encadrée.
Ayant mené à bien l'ingénierie financière, pour l'acquisition des matériaux, en accordant aux Robinet un prêt à très bas taux, le Cal-Pact va en effet, maintenant, mettre à leur disposition
un architecte salarié de cet organisme, ainsi qu'un bénévole technicien du bâtiment. Car c'est Thierry Robinet lui-même, vu qu'il est charpentier de métier et qu'il s'y connaît bien en
électricité et en plomberie, qui va réaliser les travaux, de ses propres mains. Et donc procéder, lui-même, à la réhabilitation de son chalet, après démontage de toute la partie sinistrée.
Alain Duval croit dur comme fer à la réussite de ce dossier. Il est même certain, car il a pu jauger les Robinet de son œil d'humaniste militant, que le chantier sera rapidement mené à
bien. Que le bonheur reviendra alors sur les bords de la Semoy, pour cette famille éprouvée. Et que le petit Kévin Robinet, 8 ans, ne dessinera plus, à l'école, « des maisons cassées », comme il
le fait aujourd'hui, signe bouleversant de son profond traumatisme, d'avoir grandi dans un chantier…
source:l'union