Cette campagne électorale présente une particularité assez originale : Nicolas Sarkozy, le Président sortant, un des principaux candidats — qui sera
certainement présent au deuxième tour — a perdu toute crédibilité, quoi qu’il dise.
Cela tient à une situation tout à fait inédite due à la conjonction de trois éléments, qu’il aurait tout de même pu prévoir, car aucun d’entre eux n’est
nouveau :
– les sondages le donnent, depuis plus de deux ans, battu au deuxième tour, quel que soit son adversaire socialiste (Dominique Strauss-Kahn, François Hollande
ou Martine Aubry) ;
– face à ce constat, il a commis l’erreur de n’entrer véritablement en campagne qu’à deux mois du scrutin. Ce qui le condamne aujourd’hui, pour renverser la
situation en sa faveur, à « frapper un grand coup », à sortir de son chapeau un lapin imprévu qui pourrait faire tout basculer soudainement — ce qui est bien rare en politique.
Obnubilé par les instituts de sondage qui répètent, chiffres à l’appui, qu’une élection se joue dans les deux derniers mois, il a oublié, contrairement à François Hollande, qu’une victoire et
une « image » se construisent dans la durée.
– Du fait de la réforme constitutionnelle qu’il a fait voter, Nicolas Sarkozy se trouve dans une situation sans précédent : s’il est élu, ce quinquennat
sera son dernier, et, à son terme, marquera la fin de sa vie politique (nous ne sommes pas en Russie, où un Poutine peut alterner indéfiniment aux postes de Premier Ministre et de
Président) ; de ce fait, il n’est tenu par aucune des promesses qu’il peut faire aujourd’hui, et tout le monde le sait.
Ce troisième point a pour effet d’annuler toute sa stratégie de « coup de théâtre in extremis» : quoi qu’il dise, chacun sait qu’aucune
crédibilité ne peut être accordée à ses trouvailles de dernière minute, aussi géniales et inattendues soient-elles.