François Hollande n'a même pas osé faire son discours d'adieu.
Dépité, le regard livide, mais finalement pas surpris, le premier secrétaire sortant a assisté pendant trois jours à une série de règlements de compt désastreux pour l'image d'un Parti socialiste dont il
avait, contre vents et marées, su préserver une relative unité depuis onze ans.
Pour la première fois depuis le sinistre Congrès de Rennes en 1990, théâtre du duel fratricide Fabius/Jospin, le PS s'est révélé incapable de réaliser une synthèse, cette fameuse ligne
politique commune. Et ce malgré des semaines de discussions intensives et une nuit au Palais des congrès de Reims - très vite devenue «la nuit des longs couteaux» -, où se sont enfermés en vain
les socialistes. Pas de leader, ni de projet ou de majorité : Nicolas Sarkozy peut jubiler en observant ce «vide politique», comme l'admet un militant socialiste.
Un vide sidéral que trois candidats au poste de premier secrétaire espèrent combler au plus vite. Ségolène Royal, Martine Aubry et Benoît Hamon se présenteront en effet jeudi prochain au
suffrage des militants pour devenir le chef de l'opposition face au président de la République. Trois candidats, mais deux conceptions du PS et de la question des alliances avec les
centristes.
Delanoë : «un Parti socialiste très malade»
D'un côté, l'ex-candidate à l'élection présidentielle, arrivée en tête du vote des motions avec 29% des voix. Celle dont la mission était de rassembler le PS échoue à former une majorité :
sa conception du Parti, de «supporters»plus que de «militants actifs», et ses envies d'alliances avec le MoDem (elle promet une consultation des militants) provoquent des réactions épidermiques
chez ses adversaires. Elle ira donc seule à la bataille. «La parole est aux militants, c'est à eux de rassembler le parti», lâche la présidente de poitou-Charentes. «Ils auront à choisir entre le
retour aux vieilles méthodes et un nouveau PS», lançait-elle, cinglante, après avoir claqué la porte de la commission des résolutions dans la nuit de samedi à dimanche
.
Le lendemain matin, devant la salle plénière et sous le regard de sa garde rapprochée (Peillon, Valls, Assouline), elle lance un ferme avertissement : «tout le
monde devra se ranger derrière celui ou celle qui sera désigné(e) par le vote souverain des militants !» Et en appelle à Bertrand Delanoë : «J'aurai besoin de toi et de tes amis». Le maire de
Paris s'est retiré de la course pour «ne pas ajouter à la guerre des chefs et à la confusion». «Triste et déçu», n'hésitant pas à juger le PS «très malade», l'édile de la capitale apparaît
comme le grand perdant du conclave socialiste. Si le champagne avait un goût amer ce week-end pour Bertrand Delanoë, il y a pire pour lui : sa motion, qui ne donnera aucune consigne de vote, va
exploser entre les différents postulants.
Martine Aubry et Benoît Hamon ont besoin des voix de Delanoë. La maire de Lille ne s'est d'ailleurs pas privée de lister les points de convergence, notamment au niveau social et européen,
qui la rapprochent du maire de Paris et du jeune eurodéputé. Dans l'entourage d'Aubry, on fait déjà les calculs. «L'objectif est d'arriver en tête au premier tour, de provoquer un élan pour le
second, et de gagner», assure un grand élu au Figaro.fr.
«La dynamique se situe évidemment du côté de Martine Aubry, qui ne fait pas des discours messianiques comme Royal, dont on a pu relever la solitude ce week-end», relève un autre, proche
de Laurent Fabius. Martine Aubry et Ségolène Royal, le choc frontal
A l'applaudimètre, Ségolène Royal s'est souvent imposée. Aux sifflets aussi… «Un clivage dangereux pour le PS», souffle Pierre Moscovici, qui a constaté impuissant un scénario écrit à l'avance
: le «tout-sauf-Ségolène». C'est peut-être la chance de Martine Aubry. Réunir tout ou partie des 70% de militants qui ont rejeté les orientations politiques de l'ex-candidate à l'Elysée. Quant
à Benoît Hamon, il demande aux socialistes «une clarification nécessaire» : devenir «les bâtisseurs d'un monde nouveau», ou rester «ceux qui assistent, passifs, au lent déclin de nos idées !»
Sa proximité d'idée avec la maire de Lille constitue un autre atout pour cette dernière. >Mais la prudence s'impose. Un vote sur les motions ne présage en rien
l'issue du scrutin sur un choix de personnes. Ségolène Royal reste l'incontestable favorite. Martine Aubry sort renforcée du congrès, mais sa candidature doit encore prendre de l'épaisseur.
«Nous étions tous dans un mouchoir de poche, je vais continuer, je fais confiance aux militants», confie Aubry. «Le PS a besoin de changer en profondeur ses codes, ses méthodes, ses
pesanteurs», martèle de son côté l'ex-candidate à la présidentielle. Le choc frontal aura bien lieu.
Le Parti socialiste dispose de cinq jours pour sortir de l'ornière en se choisissant un leader charismatique, qui risque par ailleurs de devoir composer avec une équipe remuante. Et devra
faire oublier un congrès catastrophique, jugé même «pitoyable» par certains des plus fervents militants socialistes. source:"le figaro"